Actes n° 20 Autorité et pouvoir dans l’agir pastoral. Actes du 9e Congrès de la SITP du 5 au 9 juin 2014, Drongen (Dir. Arnaud Join-Lambert, Axel Liégeois et Catherine Chevalier)

Le « Vivre ensemble » est un défi majeur de nos sociétés, que ce soit en Occident, au Moyen-Orient ou dans les Amériques. Ce thème s’est imposé assez aisément pour faire l’objet du 8e Congrès de la Société Internationale de Théologie Pratique à Beyrouth l’été 2012 (www.sitp.org/congres-et-colloques-passes-de-la-sitp/). Du « vivre ensemble » à l’exercice du pouvoir et de l’autorité, le 9e Congrès en 2014 s’inscrivait dans une sorte de continuité symbolique mais aussi dans un prolongement de la problématique. Déjà dans les échanges intenses à Beyrouth, il apparaissait que la question du leadership était incontournable pour qu’un « vivre ensemble » harmonieux puisse se développer.
Une autre motivation pour travailler en théologie pratique cette question de l’autorité et du pouvoir dans l’agir pastoral est la dimension œcuménique de notre Société scientifique. Elle offre une opportunité exceptionnelle pour alimenter des réflexions et des débats trop souvent circonscrits dans les limites confessionnelles des Églises. Les travaux menés au Congrès de Drongen en 2014 attestent du cheminement tant théorique que pratique effectué au sein des diverses confessions chrétiennes. La richesse et la variété des interventions font la force des propos qui furent développés et sont ici publiés pour une partie d’entre eux.
L’ouvrage se déploie en deux moments et six parties thématiques. Les trois premières parties proposent des réflexions transversales touchant aussi bien à la méthodologie qu’aux composantes structurantes de l’identité chrétienne. Il y est ainsi question de l’autorité de la Parole de Dieu, l’autorité doctrinale, l’autorité des plus pauvres, mais aussi les limites de l’autorité surtout dans l’accompagnement avec des réflexions sur les abus d’autorité en pastorale. Ces trois parties font l’objet d’une présentation synthétique dans l’introduction du professeur Molinario. Les trois parties suivantes présentent des études de cas situés dans différentes confessions chrétiennes. Ce ne sont pas de simples illustrations de problématiques évoquées auparavant ou des applications de modèles théoriques, mais des réflexions ayant valeur par elles-mêmes, dans la ligne de la théologie pratique qui ne peut pas se déployer ‘hors-sol’. « Il est inhérent à la théologie pratique de procéder à une cueillette de données à partir des faits d’un terrain du champ religieux » comme l’a rappelé souvent Marcel Viau.
En clôture du Symposium du Groupe de Downside à l’abbaye du Bec en 1961, le professeur Jacques Leclercq de l’Université catholique de Louvain s’interrogeait sur l’usage de l’autorité. Lui qui eut plusieurs fois maille à partir avec ses propres autorités ecclésiales explora surtout la philosophie morale, comme il la désignait. Il amène à notre réflexion deux attentions finalement trop peu évoquées dans les contributions qui suivent dans ce volume : le péché et l’Esprit Saint.
Celui qui détient l’autorité ne la détenant que dans l’intérêt des subordonnés, et les hommes étant essentiellement égaux, l’autorité est nécessairement limitée à ce que commande, non l’intérêt ou l’avantage de celui qui exerce l’autorité, mais l’avantage des subordonnés ou de la communauté. Le gouvernant est pour les gouvernés et, chaque fois qu’il use de son pouvoir, la question se pose de savoir si le bien commun le demande. L’obstacle auquel on se heurte est, comme en toute matière, le péché. Les gouvernés sont pécheurs et, par conséquent, refusent d’obéir, même si le gouvernant commande à bon escient. Les gouvernants sont pécheurs et, par conséquent, usent de leur autorité pour eux-mêmes et non pour le bien des gouvernés (J. LECLERCQ, L’usage de l’autorité dans Problèmes de l’autorité, op. cit., p. 299-315, ici p. 303).
En repérant toutes les difficultés inhérentes à l’exercice de l’autorité, Jacques Leclercq signale de manière fugitive – a priori sans ironie dans ce contexte – une explication possible d’une autorité sainement mise en œuvre en Église, ici concrètement par les évêques. « Je ne vois pas comment l’expliquer autrement que par une intervention spéciale du Saint-Esprit » (Ibid., p. 307). Entendons ici un encouragement pour d’autres recherches à venir en théologie pratique dans ce domaine complexe et ô combien actuel de l’autorité dans l’agir pastoral.
Arnaud Join-Lambert, UCLouvain

SITP Drongen 2014 – Actes n° 20.1

SITP Drongen 2014 – Actes n° 20.2

juillet 8, 2021

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