Actes n° 14 Vers une écologie intégrale. Deux lectures de l’encyclique Laudato Si’ (Ed. François-Xavier Amherdt)

Il a fallu longtemps pour que les responsables des Églises reconnaissent la gravité des problèmes écologiques auxquels la terre est exposée. Cédant à l’esprit des années 1960, le concile Vatican II a plutôt défendu une « théologie de la domination », selon laquelle la nature est surtout disponible pour l’utilisation humaine (cf. Gaudium et spes, n. 12 ; 36). Ce n’est qu’avec Jean Paul II et son encyclique Sollicitudo rei socialis (1988) que la protection de l’environnement est entrée dans les priorités de l’enseignement social de l’Église catholique.
Pour la conférence sur le climat de l’ONU à Paris (la COP21, 2015), le pape François a rédigé l’encyclique Laudato si’, précédée le 28 avril 2015 par une conférence sur le changement climatique tenue conjointement par l’Académie pontificale des sciences, le Réseau des Nations Unies pour des solutions en faveur du développement durable et Religions for Peace. Le 26 novembre 2015, lors du rassemblement à Nairobi pour le programme environnemental de l’ONU, le souverain pontife a demandé que le sommet sur le climat obtienne des résultats : ce serait « triste » et, a-t-il osé, « catastrophique », si la conférence se heurtait aux intérêts particuliers des États et les faisait passer avant le bien de l’humanité ; le changement climatique est un « problème global avec des conséquences lourdes » ; aussi il faut prendre des décisions qui limitent l’impact négatif des modifications climatiques, luttent contre la pauvreté, et en même temps garantissent « le respect de la dignité de la personne humaine ». Selon la COP21, la Suisse doit jusqu’en 2030 diminuer de moitié ses émissions de CO2. Ce qui risque d’échouer à cause des intérêts économiques. Selon certains partis, la Confédération ne doit d’aucune manière charger l’économie de contraintes nouvelles et alourdies. Économie ou écologie, tel est le défi de la justice écologique que Laudato si’ lance à l’ensemble de la planète. Le récent débat au Parlement suisse en décembre 2018, débouchant dans un premier temps sur l’édulcoration de la loi sur le CO2 mise en discussion, d’abord vidée de son contenu par la droite, puis finalement refusée par le Conseil national suite à une alliance des extrêmes, les uns trouvant qu’elle allait trop loin et les autres pas assez, montre que rien n’est acquis.
Ce sont ces problématiques qu’a abordées la 10ème journée d’études bilingue, ouverte aux agents pastoraux laïcs, diacres et prêtres des diocèses suisses, en formation et en activité, comme aux membres de la communauté de la Faculté de théologie et des autres Facultés de l’Université de Fribourg, dont le présent Cahier rassemble les Actes, tenue le 21 mars 2017 au Centre spirituel Sainte-Ursule de la cité helvétique, placée sous le thème général « Vers une écologie intégrale ». Elle était organisée conjointement par le Centre d’études pastorales comparées et le Département de théologie pratique de l’Université de Fribourg, ainsi que par le Centre catholique romand de formations en Église.
Les textes ici réunis s’articulent de la manière suivante :
Le Dr Guillermo Kerber, ancien engagé au Conseil œcuménique des Églises (COE) de Genève, et actuellement enseignant à l’Atelier œcuménique de théologie (AOT) de Genève et collaborateur au Bureau de la formation de l’Église catholique de Genève, présente une première contribution intitulée « Vers une écologie intégrale : une lecture œcuménique et latino-américaine de Laudato si’ ». Il y montre dans quelle perspective le pape François a rédigé son encyclique, en vue de la grande conférence internationale de Paris. Ce document rejoint les intuitions des patriarches orthodoxes Dimitrios et Bartholomée et du processus du COE « Paix, justice et sauvegarde de la création ». Il reprend la méthodologie « observer / analyser / agir » et les écrits des tenants de la théologie de la libération latino-américaine et il conjoint les dimensions de respect de l’environnement, de justice sociale et d’« éco-sophie » et « éco-spiritualité », en une conception intégrale de l’écologie, au service de notre maison commune, la terre et l’humanité (texte 1).
Dans son apport intitulé « Die Herausforderungen von Laudato si’ : die theologischen und weltwirtschaftlichen Hintergründe der Enzyklika » (« Les défis de Laudato si’ : le contexte théologique et économique de l’encyclique »), le professeur dominicain d’Ancien Testament de la Faculté de théologie de Fribourg, Hans Ulrich Steymans, expose comment le texte pontifical répond aux critiques d’un article des années 1970 de Lynn White, reprochant au christianisme une lecture erronée du premier récit de la création, allant dans le sens d’une domination anthropocentrique de la planète par l’être humain et androcentrique de l’homme mâle sur les femmes et le reste des créatures. Reprenant les thèses du théologien irlandais Sean McDonagh, le souverain pontife en appelle à une conversion écologique globale de l’ensemble de l’humanité et des gouvernements, et de tous les hommes et femmes de bonne volonté, pour éviter que la planète terre ne soit « crucifiée », sans plus d’espérance pascale (texte 2).
Le Cahier comporte également en annexes des documents pour prolonger la réflexion, avec certains passages de Loué sois-tu et le « Nouveau décalogue » de Sean McDonagh, l’un des principaux auteurs dont s’est donc inspirée l’encyclique du pape François. Ces annexes peuvent ainsi servir de base d’échange et de travail en groupe.

Prof. François-Xavier Amherdt, Université de Fribourg

Une écologie intégrale

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