Recherches n° 27 Komi Doméfa Akagbo, L’instauration de la procession de Saint-Hadelin à Celles (Dinant). Étude théologique d’une dévotion populaire

La recherche ici publiée est une étude de cas, telle que la théologie pratique le permet dans le champ théologique. A priori très contextuel et circonscrit à la localité belge de Celles, l’objet de l’étude enrichit pourtant les réflexions sur la religion populaire, domaine peu investi par la recherche théologique. Komi Doméfa Akagbo a entrepris son master en théologie avec cette question de la religiosité populaire et de ses pratiques dans son propre contexte du Togo. Ayant été invité à participé à la procession annuelle de Saint-Hadelin à Celles (près de Dinant), il s’est étonné de la vitalité de cette pratique et encore plus que celle-ci ait été instaurée par la société civile (commune et association) en 2007! Comment cela peut-il être interprété dans un contexte de forte sécularisation et de récession de l’Eglise catholique ? Il en a fait son mémoire de master. Dans son texte clairement structuré, l’auteur commence par un chapitre historique sur la vie et la dévotion médiévale à saint Hadelin, saint local ayant marqué la région pendant le règne des Mérovingiens. Il reprend tout le dossier à partir de la Vita Hadelini et des sources de dévotion comme les prières, cantiques et supplications dédiées à Saint Hadelin. L’apport le plus important de la recherche est l’étude de l’instauration en 2007 de la procession avec les reliques de Saint Hadelin et sa réitération chaque année en début février. Ce deuxième chapitre est très documenté, enrichi par les observations de Komi Akagbo trois années de suite. L’auteur a procédé aussi à une enquête auprès de participants. L’analyse des réponses et des documents actuels de dévotion établit un socle empirique tout à fait utile et solide pour engager ensuite une réflexion théologique. C’est ce développement dans un troisième chapitre qui donne à cette étude une pertinence universelle. Comme en écho théologique avec les propos récurrents du pape François appelant à accorder une grande sollicitude et attention pastorale à la religion populaire, Komi Akagbo puise dans les trois de Paul Ricœur (préfiguration, configuration, refiguration) pour lire ces pratiques très locales comme un récit constitutif de la communauté. Ici, il ne s’agit pas seulement de faire mémoire dans une dynamique folklorique (au-delà des costumes). À l’aide des réponses à l’enquête et des intentions de prière, l’auteur montre comment cette pratique contient une puissance de transformation qui nourrit la foi de participants et participantes. La procession est alors vue comme un espace pour développer une pastorale d’hospitalité et de dialogue dans la dynamique de l’Eglise en sortie, comme un lieu d’inculturation de la foi, comme une rencontre du profane et du religieux, de la société civile et de l’Eglise, etc. De cette manière, de tels lieux de religion populaire prennent étonnamment sens dans un contexte religieux où les pratiques sacramentelles ont perdu leur importance pour la grande majorité des personnes. Komi Akagbo peut ainsi démontrer que cette procession est un lieu théologique (selon les termes de la théologie dogmatique, repris dans Evangelii gaudium 126, mais aussi un nouveau lieu ecclésial (selon les recherches pastorales actuelles qui visent à décentrer la vie ecclésiale d’une pastorale paroissiale trop exclusive, afin de renouveler la mission fondamentale de l’Eglise). Il élabore en finale ce que pourrait être une mystique populaire au cœur de cette piété populaire. Prof. Arnaud Join-Lambert (UCLouvain)

Komi Doméfa Akagbo

novembre 24, 2020

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