Actes n° 16 Évangélisation et diaconie (Ed. François-Xavier Amherdt)

Le 11 mars 2014, la 7e Journée d’études bilingue du Centre interdiocésain de formation théologique et de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg (Centre d’études pastorales comparées et Département de théologie pratique) a rassemblé au Centre spirituel Ste-Ursule à Fribourg plus de cent-soixante agents pastoraux laïcs, diacres et prêtres et membres de la communauté universitaire, autour du thème « Évangélisation et diaconie ». Il s’agissait de relayer pour les diocèses suisses les élans donnés par le grand rassemblement francophone Diaconia 2013 de Lourdes (12’000 personnes) et par le chapitre 4 de l’Exhortation du pape François Evangelii Gaudium (« Justice sociale et évangélisation »).
Professeure de théologie pratique (chaire Rodhain) à l’Université d’Angers, Gwennola Rimbaut a souligné les enjeux ecclésiaux et pastoraux de Diaconia 2013, puisqu’elle a fait partie du Comité de suivi théologique de l’événement (texte 1). Les douze mille personne réunies à Lourdes en mai 2013, dont quelques dizaines d’engagé(e)s en diaconie de Suisse Romande, ont encore davantage pris conscience que c’est l’Église universelle tout entière qui est diaconale à la suite du Christ Serviteur, et pas seulement quelques « spécialistes du domaine ». Les pauvres sont des acteurs à part entière de l’Église « pauvre avec les pauvres », comme le dit le pape François, et ils attendent des chrétiens une véritable réciprocité dans le partage : l’option préférentielle « pour » les pauvres est d’abord un « vivre-avec ». Enfin, c’est dans l’eucharistie que s’articulent l’annonce, la prière et le service, lorsque les personnes vivant toutes sortes de fragilités y trouvent leur place et y prennent parole, en écho à la Parole.
Il est bien sûr fondamental et urgent que l’enthousiasme de Diaconia 2013 ne retombe pas comme un soufflet. Le document du souverain pontife Evangelii gaudium (2013) est donc tombé à point nommé pour inviter tous les baptisés à faire de la diaconie-évangélisation d’abord une expérience spirituelle personnelle. Les acteurs des services en Église formulent les effets de l’engagement en termes de fruits de l’Esprit : paix, joie, confiance, émerveillement, approfondissement et unification de l’existence, espérance…
Puis les témoignages des « bénéficiaires » – ou plutôt des interlocuteurs – de la diaconie présentent ce qu’ils reçoivent comme une expérience de salut, par la qualité des liens ainsi tissés. L’exercice de la diaconie réciproque est un lieu d’expérimentation de la communion effective en Église, même si cela devrait se traduire encore davantage dans une action en faveur de la transformation des structures sociales, économiques et politiques, et dans des cris de protestations prophétiques contre les injustices dont sont victimes les plus pauvres.
Directeur de l’Institut d’éthique et société et professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Graz en Autriche, Leopold Neuhold a quant à lui montré qu’il ne peut y avoir d’authentique évangélisation sans justice sociale (texte 2).
Il a plaidé en faveur d’une mise en œuvre plus concrète du trésor de l’enseignement social de l’Église, tel que la Constitution de Vatican II Gaudium et spes, les encycliques de Jean Paul II (Sollicitudo rei socialis) et de Benoît XVI (Caritas in veritate), et l’exhortation de l’évêque de Rome François, La joie de l’Évangile, le proposent. Ce n’est que si justice et charité s’embrassent que la caritas peut devenir effectivement un modèle pour l’Église.
Une des caractéristiques de ce colloque a consisté dans la présentation de témoignages, fort appréciés des participants, visant à montrer comment la diaconie s’incarne déjà dans nos diocèses. Le directeur de Caritas Fribourg, Beat Renz, a plaidé pour une coopération plus étroite entre les « œuvres d’entraide » et les communautés paroissiales, de manière à ce que dans les plans diocésains, la diaconie ne soit pas considérée comme une « pastorale catégorielle » à part, mais comme une partie intégrante de la pastorale ordinaire (texte 3).
Puis, par quelques anecdotes significatives, Daniel Levasseur, aumônier aux établissements pénitenciers de haute sécurité de la Plaine de l’Orbe, dans le canton de Vaud (Lausanne), a montré que chaque fois que nous vivons des relations vraies avec autrui, y compris avec des prisonniers dangereux ou d’autres religions, le Dieu Père de Jésus-Christ est présent et nous engendre à sa vie (texte 4).
Les documents ont été actualisés en 2019. Ils conservent toute leur pertinence au vu des événements de ces dernières années : crise migratoire, tensions internationales, difficultés de l’Union Européenne et Brexit, risque de repli économique et politique de la Suisse (avec l’acceptation le 9 février 2014 de l’initiative contre l’immigration de masse), etc.
Quant aux traductions des deux exposés prononcés en allemand (L. Neuhold et B. Renz), elles sont dues à Gabriele Nolte et François-Xavier Amherdt.

Prof. François-Xavier Amherdt, Université de Fribourg

Évangélisation et diaconie

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